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Lella-Gouraya qui doit devenir un poste français permanent. Des travaux de défense y sont commencés aussitôt, et continuent jour et nuit sans interruption.

Une troisième colonne s'était portée directement sur la position du moulin de Demous, qui n'avait pas cessé de réunir, pendant les journées précédentes, une masse de 2,000 Kabyles.

Le premier choc nous en rend maîtres ; mais bientôt on voit accourir, au bruit de la double fusillade, tous les guerriers des villages voisins, et ceux que notre occupation du Gouraya oblige à abandonner les sommets culminants. Ces divers groupes fondent sur la petite colonne engagée à Demous et la contraignent de rétrograder un moment ; toutefois, elle reprend le dessus ; des compagnies de la marine viennent la renforcer. Les Kabyles refoulés sur tous les points sont poursuivis jusqu'au village de Dar-Nassar. Ils avaient présenté dans ce combat environ 3,000 combattants, et essuyé des pertes très-sensibles. Leur audace en fut refroidie pour quelque temps (1 ).

Le général Trézel profita de ce repos pour fixer son attention sur des détails moins urgents que ceux de la guerre, mais non pas moins indispensables, tels que le casernement de la troupe, l'installation d'un hôpital provisoire, la police de la ville et du port, les mesures à prendre envers la population européenne qui se présenterait et envers la population indigène qui s'était enfuie. Vainement rappela-t-on cette dernière par des proclamations garantissant le respect des personnes, des biens, de la religion. Effrayée des scènes terribles qu'elle avait eues sous les yeux, ou retenue par les Kabyles de la montagne, elle ne reparut point. Qu'aurait-elle trouvé d'ailleurs? ses maisons en ruines, dont les soldats continuaient la démolition chaque jour pour en brûler le bois, ses vergers dépouillés, où la hache ne cessait d'ouvrir des 

 

(1) Voir note B.

    

 

   
communications nécessaires à notre genre de vie et à notre sécurité.

Les travaux extérieurs de défense étaient continués avec ardeur. Ils se composaient des blockhaus de Bou Ali et de l'avancée couvrant le plateau de Moussa, des trois blockhaus Salem, Rouman et Khalifa, situés sur le plateau ouest, pour assurer les communications de la maison crénelée dite du marché à l'extrémité gauche de la ligne précédente, et celles du fort Gouraya où le colonel Lemercier jetait les bases d'un très-bel ouvrage.

Ces opérations ne laissaient pas d'être interrompues quelquefois par les insultes des Kabyles, bien qu'ils parussent en moins grand nombre et moins déterminés qu'auparavant. Tantôt c'est à la maison du marché, tantôt c'est au blockhaus Salem, tantôt à la porte Fouka, qu'ils viennent attaquer les travailleurs. Parmi ces escarmouches, les plus chaudes sont celles du 25 octobre et du 1er novembre.

Le 4 novembre, l'ennemi se présente encore ; mais cette fois les ouvrages de fortification se trouvant terminés, on n'est pas obligé de le combattre en rase campagne, on l'éloigne à coups de canon.

Ce résultat marquait, pour ainsi dire, un terme au commandement du général Trézel. Chargé de la conquête, il avait accompli sa tâche, si ce n'est conformément aux espérances dont on s'était bercé, du moins avec une extrême vigueur en présence de réalités difficiles. Un commandant supérieur permanent arriva d'Alger, le 6 novembre, et le général Trézel l'investit sans délai de toute l'autorité, quoiqu'il demeurât de sa personne encore près d'un mois sur les lieux.

 
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