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dépérissaient de plus en plus, ou même succombaient rapidement, par suite du manque d'air, d'exercice et de nourriture convenables. Les mêmes inconvénients ressentis par la troupe y développaient peu à peu le germe de nombreuses maladies : au bout de quelques mois, l'effectif disponible de la garnison en fut diminué d'une manière très-sensible.

Par ces motifs, le commandant supérieur voulut prendre pied dans la vallée qui lui offrait au moins des pâturages. Il prescrivit l'installation d'un blockhaus dit blockhaus de la plaine. Les travaux en furent contrariés, à diverses reprises, par les Kabyles du voisinage, dans les journées des 5 et 6 janvier. Convaincus de leur insuffisance, ils invoquèrent, sans doute des contingents plus éloignés ; car, le 18 janvier, dès la pointe du jour, on vit sur tous les contreforts, en avant de nos postes, des groupes d'ennemis formant ensemble à peu près 4,000 hommes. Leur attaque se porta principalement sur les ouvrages du côté de la plaine ; mais une vive fusillade et la concentration de toute l'artillerie sur ce point, joints au feu du brick stationnaire le Loiret, leur imposèrent victorieusement. Ils se retirèrent à deux heures de l'après-midi, emportant un assez grand nombre de morts et de blessés.

Depuis la prise de Bougie jusqu'à cette époque, l'offensive était toujours venue des Kabyles. Ce n'était pourtant pas dans le seul but d'attendre, derrière des postes retranchés, les attaques incessantes de l'ennemi, et de les repousser avec des pertes plus ou moins grandes, qu'on avait laissé dans Bougie une si forte garnison. Le but était évidemment d'agir sur les populations voisines, de les forcer d'abord à reconnaître notre installation sur la côte comme un fait accompli sans retour, puis d'ouvrir avec elles des relations commerciales si nécessaires au bien-être de la garnison ; enfin, de leur imposer peu à peu notre domination, ou tout au moins notre influence. Ces résultats ne pouvaient être amenés que par une excellente politique, appuyée sur les opérations militaires les plus hardies.

    

 

   
Le colonel Duvivier tenta l'un et l'autre moyen.

Après une petite reconnaissance dirigée le 2 mars, sur les bords d'un ruisseau et dans des terrains marécageux situés au-dessous de Demous, le 5 mars, dès la pointe du jour, une colonne se porta rapidement sur le village de Kialna l'un des plus proches de Bougie. Les habitants qui appartenaient à la tribu ; des Mzaïas l'évacuèrent à la hâte. Le commandant y fit mettre le feu et commença à rétrograder sur la ville. Alors, de tous les points, des Kabyles exaspérés par la vue de l'incendie viennent le harceler avec acharnement. Il exécute sa retraite en échelons avec ordre et sang-froid : une charge faite à propos par un escadron des chasseurs d'Afrique, récemment arrivé, laisse vingt-cinq Kabyles sur le carreau et dégage la colonne, qui rentre dans les lignes avec quatorze blessés, dont trois mortellement.

L'action de la garnison au-dehors se maintient encore pendant le mois d'avril. Les Kabyles étaient venus attaquer nos postes dans les journées du 18, du 19 et du 20. Le commandant supérieur se proposa de les châtier encore par la destruction de quelques villages, unique moyen de les atteindre dans leurs intérêts matériels. Le 25, une nouvelle sortie s'exécute ; on refoule un parti kabyle concentré à Demous ; les villages de Dar Nassar et de Gumra tombent en notre pouvoir ; ils deviennent la proie des flammes.

Enfin, le 29 avril, voyant des groupes considérables occuper le moulin de Demous et le marabout du marché, le colonel Duvivier fait sortir l'escadron de chasseurs, et lui ordonne d'exécuter une charge, en l'appuyant lui-même de quelques compagnies. Cinquante cadavres, et quatre prisonniers restent en notre pouvoir ; les Kabyles se dispersent.

Ces premiers combats semblaient annoncer l'intention d'une offensive entreprenante :

 
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