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  L' OCCUPATION RESTREINTE (1834-1840).  
     
   celui de Miliana, géré par Sidi-Embarek, le marabout de Koléa, dont la famille était originaire des Hachem et dont la zaouïa était un des grands centres religieux de l'Algérie; celui de Médéa, gouverné par Berkani, d'une famille maraboutique des environs de Cherchel ; celui du Sebaou, dont le titulaire était Mohammed­ben-Mahi-ed-Din ; celui du Hamza, donné à Ahmed-ben-Salem, marabout des Khachna ; celui de la Medjana, à Mokrani ; celui des Zibans, à un marabout de Tolga, Ben-Azouz ; celui du Sahara, à Abd-el-Baki.
En réalité, le pouvoir d'Abd-el-Kader et de ses représentants dans quelques-unes de ces circonscriptions était purement théorique. Le centre de sa puissance était la province d'Oran; à mesure qu'on s'en éloignait, son influence diminuait; dans la province de Constantine, pays de djouad et non de marabouts, on l'ignorait; les grandes tribus sahariennes échappaient à son emprise; enfin les Kabyles lui refusaient leur concours. En 1839, il se rendit en Kabylie avec seulement quelques cavaliers d'escorte, car Ben-Salem lui avait conseillé de se présenter en hôte inoffensif, en simple pèlerin; il fut bien accueilli, mais lorsqu'il voulut prêcher la guerre sainte, demander des fantassins pour son armée régulière et enfin la dime, l'achour, les Kabyles se fâchèrent : « Nous ne demandons pas mieux, lui dirent-ils, que de vivre en bonne intelligence avec votre khalifa, mais qu'il ne nous parle jamais d'impôt, comme il l'a déjà fait dans les plaines, car nos ancêtres n'en ont jamais payé et nous voulons suivre leur chemin. Vous vous êtes annoncé chez nous en qualité de pèlerin, et nous vous avons offert la diffa. Sachez bien que si vous étiez venu comme makhzen, au lieu de couscouss blanc, nous vous aurions rassasié de couscouss noir (de poudre). Quant aux chrétiens, s'ils viennent jamais chez nous, nous leur apprendrons ce que peuvent les Zouaouas à la tête et aux pieds nus. »

Grâce à son merveilleux génie d'organisation, Abd-el-Kader tira des indigènes, en quelques années, le maximum de ce qu'on pouvait en attendre. Mais il ne réussit pas à réaliser entre eux l'impossible union. Leur anarchie, leur manque d'esprit politique ne lui permirent pas de constituer un gouvernement national. Le refus de concours des Kabyles en particulier contribua puissamment à sa défaite. D'ailleurs, le gouvernement théocratique est difficilement compatible avec une administration régulière. Après la convention de la Tafna, l'émir gagna en puissance matérielle, mais perdit en influence religieuse, car il avait pactisé avec les infidèles. Il s'efforça alors d'avoir une armée, des approvisionnements, de lever des impôts. Mais les impôts font haïr celui qui les perçoit. Des chefs rivaux se dressèrent contre lui ou refusèrent de lui obéir. Enfin, même chez les tribus qui lui étaient le plus dévouées, la lassitude vint vite et de plus en plus nombreux furent parmi les indigènes ceux qui aspiraient à la paix.

 
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