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  L' OCCUPATION RESTREINTE (1834-1840).  
     
  
Le duc d'Orléans s'intéressait particulièrement aux choses algériennes; sa sollicitude pour l'armée, son désir de payer de sa personne l'incitaient à revenir en Afrique. Valée voulut donner un grand éclat à ce voyage; au mois d'octobre 1839, accompagné de l'héritier du trône, il se rendit par mer dans la localité nouvellement créée de Philippeville et de là à Constantine. On forma une colonne qui s'avança par Mila et Sétif, franchit le défilé des Bibans ou Portes-de-Fer. La colonne défila ensuite par les Beni-Mansour et les Isser et fit sa jonction au Fondouk avec les troupes d'Alger.
Le passage des Portes-de-Fer, célébré comme une marche triomphale, n'avait été en réalité qu'une promenade militaire très rapide et presque furtive. Le « vieux Louis XI » avait jusqu'au dernier moment gardé le secret sur ses projets et s'était assuré quelques complicités sur son parcours. Au retour, le maréchal et le prince furent accueillis avec enthousiasme à Alger; les fêtes durèrent plusieurs jours.
Le Moniteur officiel de l'Algérie déclara: « L'Afrique a désormais traversé l'époque des épreuves qui marquent toujours la naissance des grands établissements coloniaux; elle marche maintenant par sa propre force et nous touchons au moment où nos efforts recevront une glorieuse récompense. » On croyait avoir tranché toutes les difficultés et on espérait qu'Abd-el-Kader s'inclinerait devant le fait accompli : on ne devait pas tarder à être détrompé.

IV

L'ALGÉRIE ET L 'OPINION

 
Plus de trois cents brochures furent écrites pour ou contré l'Algérie durant cette période. Elles témoignent surtout de la fécondité d'imagination de leurs auteurs. Il y eut de bizarres projets. L'un voulait organiser une Compagnie chrétienne pour la colonisation et la civilisation de l'Afrique du Nord; un autre proposait de couvrir l'Algérie de châteaux forts et d'y faire revivre le système féodal; un troisième entendait appliquer en Algérie les théories fouriéristes. D'autres prétendaient abriter la région colonisée derrière un fossé et des fortifications qui la garantiraient contre les incursions des tribus. Parmi les anti-colonisateurs figurent toujours Desjobert et Baude. Desjobert pense que la seule solution raisonnable serait l'abandon; sachant qu'il ne l'obtiendra pas, il propose la reconnaissance de la nationalité arabe, la déclaration que la France n'établira pas de colons et se bornera à l'occupation des villes maritimes. Baude, lui aussi, trouve que le meilleur parti à prendre serait l'évacuation; l'Algérie lui paraît pour la France une cause d'affaiblissement au point de vue militaire et financier; il faut en faire un État vassal, avec un vice-roi français, qui subviendra à toutes ses dépenses.
 
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