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  L'ALGÉRIE SOUS LE SECOND EMPIRE (1851-1870)  
     
   Urbain est l'auteur d'une brochure signée Georges Voisin, intitulée L'Algérie par les Algériens, et d'une autre brochure, celle-ci anonyme, qui eut un grand retentissement : L'Algérie française, indigènes et immigrants. Il s'efforce d'y démontrer que les indigènes musulmans de l'Algérie peuvent parfaitement s'assimiler notre civilisation: " Le vrai paysan de l'Algérie, dit-il, l'ouvrier agricole, la base la plus rationnelle et la plus solide de la propriété, c'est l'indigène. L'expérience a prononcé et il faut fermer les yeux à la lumière pour ne pas le reconnaître. La colonisation par les Européens présente un double anachronisme politique et économique. Si, depuis trente ans, il y a un enseignement en matière de colonisation, ce n'est que dans le sens d'une humiliante négation. La liquidation de la colonisation agricole se fera d'elle-même, on peut même dire qu'elle se continuera sans qu'il soit besoin d'intervenir. "

Ismaël Urbain fut attaché à la personne de l'Empereur comme interprète pendant son voyage en Algérie et paraît avoir exercé une grande influence sur son esprit généreux et utopique. Dans les sphères gouvernementales, un profond découragement régnait d'ailleurs à l'égard des hommes et des choses de l'Algérie. On ne savait plus quelle politique adopter. Après trente ans d'occupation, tout était remis en question. Au Sénat, le général Daumas demandait qu'on mît à l'étude la question de savoir s'il y avait assez de terres en Algérie pour la colonisation; si cette dernière touchait bien à l'intérêt français et par quels points; enfin si elle devait être civile, militaire, mixte, européenne, française ou arabe. Le colonel Lapasset écrivait à Urbain et au général Fleury des lettres où étaient exprimées des idées analogues; ces lettres furent certainement mises sous les yeux de l'Empereur, qui s'entretint à Vichy avec leur auteur en juillet 1862.
Les quelques jours passés par l'Empereur à Alger en 1860 l'avaient ébloui par de dangereux mirages; il n'avait vu que les côtés superficiels du monde indigène les grands chefs, les diffas, les fantasias. Il s'était trouvé en présence d'hommes beaux, fiers, intelligents, généreux, hospitaliers. Il avait cru voir en eux les représentants d'une nation arabe qui n'existait que dans son imagination. Enfin Napoléon III était tout imprégné des théories des économistes, dont il avait toujours très soigneusement suivi les travaux et qui désapprouvaient la colonisation officielle et étatiste, en désaccord avec la pure doctrine de Wakefield.
Selon son habitude, l'Empereur procéda par un coup de théâtre et fit connaître brusquement sa décision par une lettre publique adressée au maréchal Pélissier le 6 février 1863 : " On ne peut admettre, disait-il, qu'il y ait utilité à cantonner les indigènes, c'est-à-dire à prendre une certaine portion de leurs terres pour accroître la part de la colonisation.

 
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