Page précédente HISTOIRE DES COLONIES FRANÇAISES - Tome2 - Retour page Table des matières ALGÉRIE - LIVRE III  - CHAP. 3 Page suivante
  L'ALGÉRIE DE 1870 à 1890  
     
  
La loi de 1873 apparaît comme une manifestation de la politique d'assimilation. On voulait assimiler complètement et rapidement la propriété indigène à la propriété française, sans tenir compte de ce que les conceptions juridiques françaises s'appliquaient très mal à la terre africaine. Tout n'est pas à blâmer dans la loi et les critiques dont elle a été l'objet visent les modalités d'application plutôt que le principe même. Le but qu'elle se proposait : mobiliser la terre indigène et procurer des terres à la colonisation, était excellent, mais les moyens pour y parvenir étaient défectueux; on ne change pas du jour au lendemain toutes les coutumes d'un peuple. Le cantonnement, l'expropriation pour cause d'inculture, une large application de la théorie musulmane d'après laquelle la terre appartient à celui qui la vivifie, auraient sans doute conduit à de meilleurs résultats; ces mesures auraient comporté une part d'arbitraire, mais les indigènes s'y seraient pliés plus facilement et en auraient beaucoup moins souffert que de la plaie des hommes d'affaires.
 

IV

L'ALGÉRIE DE 1873 A 1881. LE GÉNÉRAL CHANZY (1873-1879)

 

Après le départ de l'amiral de Gueydon, un décret du 12 juin 1873 nomma le général Chanzy gouverneur général civil de l'Algérie. Le maréchal de Mac-Mahon, Président de la République, était resté au fond partisan du régime militaire. Aussi Chanzy reçut-il le commandement supérieur des forces de terre et de mer, un décret ayant abrogé la disposition du décret du 24 octobre 1870 qui séparait ces fonctions de celles du chef de la colonie. Sauf le mot civil, c'était le rétablissement du gouvernement général tel à peu près qu'il existait avant la guerre entre les mains de Mac-Mahon. Le gouverneur avait sous ses ordres deux hiérarchies distinctes
le directeur des affaires civiles et les préfets d'une part, le chef d'état-major et les généraux de division chargés des territoires militaires d'autre part.
Né en 1823, à Nouart, près de Buzancy, dans les Ardennes, le général Chanzy s'était d'abord engagé à seize ans comme mousse dans la marine; les injures des matelots, les coups de garcette et le mal de mer lui firent prendre le métier en aversion; il s'engagea dans l'artillerie, entra à Saint-Cyr et devint sous-lieutenant de zouaves en 1843. Il servit sans interruption en Algérie de 1843 à 1859 et de 1864 à 1870; sa carrière fut donc essentiellement africaine. Il avait joué un rôle glorieux dans la défense nationale, où il commandait la deuxième armée de la Loire. Élu député des Ardennes, il s'était rallié au gouvernement républicain.

 
  402  
Page précédente Retour page Table des matières Page suivante