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   Tlemcen. Il échoua dé nouveau et ne défendit pas la ville contre un second corps expéditionnaire qui, parti d'Oran le 8 janvier 1836, entra dans la vieille cité le 13. Deux jours plus tard, Yusuf et Richepance avec 50 cavaliers Smela manquaient de peu Abd el Kader au cours d'une poursuite acharnée terminant une surprise du camp de l'émir bien menée par la brigade Perrégaux.

Clauzel pense alors à quitter Tlemcen. II se dirige d'abord sur Rachgoun. Mais, après un violent combat avec Abd el Kader à Sebaa Chioukh (entre le confluent de l'Isser et de la Tafna, et la mer), il rentre à Tlemcen, poursuivi à coups de fusil jusque dans la ville : ce qui donne aux indigènes l'impression qu'ils ont remporté la victoire C'est un nouvel événement favorable à la prédication de la guerre sainte qui s'étend jusque dans les ksours de Figuig.

Clauzel, de son côté, a la même impression de victoire. 11 laisse à Tlemcen une garnison française, le bataillon de 500 volontaires commandé par Cavaignac, et rentre à Oran lé 12 février; il croyait « la guerre terminée » de ce côté. II lui faut encore s'occuper des affaires du Tittery et du beylik de Constantine.

Le 30 mars, Clauzel partait de Boufarik en direction de Médéa. Il entrait dans cette ville le 4 avril et en chassait le représentant d'Abd el Kader. Puis, estimant la question réglée, il rentrait le 8 à Boufarik. Partisan des solutions énergiques, il décida d'en finir avec Ahmed, bey de Constantine. Il proclama sa destitution, nomma bey le commandant Yusuf. Celui-ci s'installa à Bône pour travailler politiquement les indigènes de la région. Clauzel, paralysé par les- ordres extrêmement prudents venus de Paris, à la suite des discussions parlementaires, manquant de moyens, se résolut à faire un voyage en France pour exposer la situation et obtenir les renforts nécessaires. Il s'embarqua le 14 avril. Son dessein était de convaincre le gouvernement de la nécessité de prendre Constantine.

Du côté d'Abd el Kader, les choses étaient bien moins avancées qu'il ne le supposait. Dans la seconde quinzaine de mars, Perrégaux avait exécuté une brillante campagne parmi les tribus du Chélif. Il avait à peine tourné les talons pour regagner Mostaganem et Oran, que l'émir punissait sauvagement une de ces tribus, les Bordjia. De son côté, le bey de Médéa, n'étant pas soutenu, fut impuissant contre les partisans de l'émir qui lui reprirent la ville et l'envoyèrent à Abd el Kader. Dans la région d'Oran, le général d'Arlanges, investi de la mission de maintenir la liaison avec Rachgoun et Tlemcen, avait établi un camp à l'embouchure de la Tafna :
      

il y fut immédiatement bloqué, et blessé au retour d'une reconnaissance (combat de Sidi Yakoub, 25 avril 1836).

La situation de l'émir se trouvait une nouvelle fois consolidée. Il recueillait de nombreuses soumissions jusque dans le Tittery. D'Arlanges, toujours bloqué au camp de la Tafna, demandait 2.000 hommes de renfort. Le ministre de la Guerre décida d'envoyer trois régiments sous le commandement du général Bugeaud; en même temps l'escadre devait taire des démonstrations sur les côtes du Maroc.

Il ne s'agissait encore, pour le futur héros de la pacification de l'Algérie, que d'une mission temporaire : mettre en état de défense le camp de la Tafna, fortifier Tlemcen. puis rentrer à Oran. Bugeaud était alors âgé de 52 ans. Il avait pris part à la guerre d'Espagne de 1808 à 1814. Mis en demi-solde en 1815, il s'adonna à l'agriculture. Lé gouvernement de juillet le nomma maréchal de camp, et il fut élu député dé la Dordogne (1832). Il avait su gagner la confiance du Roi et avait l'oreille de la Chambre. Exécutant énergique et heureux, il allait, comme les autres, commencer par faire ses écoles en politique.

Les renforts débarqués au camp de la Tafna (4-6 juin) Bugeaud comprit la nécessité d'alléger les convois en remplaçant les voitures par des animaux de bât. De la Tafna, il gagna Oran par la côté. Le 19 juin, il se porta sur Tlemcen, qu'il atteignit le 24. Puis il rejoignit le camp de la Tafna, dont il jugea dès ce moment lé maintien inutile. II constitua un convoi pour (avitailler Tlemcen et se remit en marché le 4 juillet. Cette fois Abd el Kader était résolu à lui barrer la route. Bugeaud écrasa ses contingents à la Sikkak (6 juillet) et remporta un succès complet moyennant des pertes minimes (32 tués, 70 blessés).

Bugeaud ravitailla Tlemcen et rentra à Oran (19 juillet) Sa mission était remplie. Il se rembarqua peu après. S'il n'avait pas encore distingué clairement la politique à suivre, du moins était-il presque arrivé déjà à déterminer la tactique efficace; il était partisan d'un « système de colonnes agissantes », seul capable dé pacifier le pays. Au reste, des indigènes lui avaient dit : « Nous ne nous soumettrons que si les Français continuent à se montrer plus forts que l'émir. »

En rentrant en Algérie, Clauzel trouva la situation momentanément stabilisée dans l'Ouest. Mais, au centré et à l'Est, les difficultés étaient grandes et manifestes : la Mitidja continuellement ravagée par les incursions dés Hadjoutes; la région de Bône troublée par le contre-coup

 
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