Pages précédentes CAHIERS DU CENTENAIRE DE L'ALGÉRIE LIVRET 8 LES LIAISONS maritimes, aériennes et terrestres de l'Algérie Pages suivantes
- 54 - Table des matières - 55 -
   
   Notre empire colonial africain se compose de trois masses de colonies, l'Afrique du Nord, l'Afrique Occidentale, l'Afrique Équatoriale, que la nature a isolées les unes des autres. De plus, si la première est, grâce à sa proximité, en relations étroites avec la Métropole, les deux autres n'ont de rapport avec elle que par la voie trop lente de l'Océan et leur arrière-pays est tributaire jusqu'à leurs côtes de voies ferrées rares et de très médiocre capacité.
 
Beaucoup a été fait déjà, par la T.S.F., l'automobile et l'avion pour améliorer cette liaison; mais, quoi qu on ait dit, ces moyens resteront, seraient-ils multipliés, insuffisants à l'assurer parfaitement. Seul un chemin de fer « impérial » unissant l'Algérie au Niger, le Niger au Tchad, le Tchad à l'Oubangui, cimentera nos domaines épars et sera l'instrument définitif de notre colonisation en Afrique.
 
En faveur de son utilité au point de vue militaire, faut-il rappeler que le Conseil Supérieur de la Défense Nationale a jugé qu'il était nécessaire pour nous apporter, en cas de guerre, dans les meilleures conditions de sécurité et de rapidité, les ressources du Centre-Afrique que la voie maritime de l'Océan ne peut nous fournir sans grand danger et qu'avec parcimonie ? Et il ne s'agit pas seulement de l'appoint de nos bataillons noirs dont on n'a pas oublié l'aide précieuse; il faut surtout compter sur les matières premières (oléagineux, coton, etc...) qu'utiliseraient nos industries de guerre.
 
Les considérations qui précèdent devraient être tenues pour suffisantes par une opinion publique soucieuse de l'unité de son empire colonial et de la défense de son sol. Elles sont cependant appuyées et renforcées par celles, qu'on fait valoir au point de vue économique.
 
Le Niger est comparable au Nil par l'abondance de ses eaux et la périodicité de ses crues. Le Soudan Français qu'il arrose sur plus de 2.000 kilomètres de long en formant une large boucle, dont le sommet touche aux confins du Sahara, n'attend plus que notre intervention bienfaisante pour nous donner 60 millions d'hectares de terres cultivées et devenir ainsi une nouvelle Égypte.
 
Les essais qui ont été tentés dans diverses stations pour développer et améliorer l'élevage et certaines cultures tropicales, le coton notamment, ont donné des résultats tout à fait encourageants. Toutefois la mise en valeur du Soudan reste subordonnée à plusieurs conditions. Il nous faudra
      

tout d"abord accomplir les grands travaux hydrauliques qui régulariseront l'action des crues et permettront l'irrigation des contrées sèches. Déjà dans ce sens le gouvernement a réalisé un des premiers éléments d'un vaste programme, en faisant construire le barrage de Sotuba que M. Maginot, ministre des Colonies, inaugurait au printemps de l'année 1929; et en ouvrant dans la région de Sansanding, sous la haute direction de M. Belime, de vastes chantiers de travaux qui rendront au Macina son ancienne prospérité.
 
Il faudra en même temps résoudre le problème de la main-d'œuvre, problème grave qui se pose également avec acuité dans nos autres colonies de l'Afrique Occidentale et de l'Afrique Équatoriale. Pour ne parler que du bassin du Niger, on a établi que ce territoire de 2.500.000 kilomètres, ne comptait pas plus de 5 millions d'indigènes, population très clairsemée dans laquelle la mortalité infantile et la maladie font des ravages considérables. Aura-t-on dans dix ans, dans vingt ans la main-d'œuvre voulue pour assurer l'exploitation de cultures aussi étendues ? Le mal n'est pas sans remède. Une vigilante politique sanitaire, dont on a déjà constaté les résultats bienfaisants dans quelques centres d'essais, doit enrayer la mortalité et accroître la population. M'ais ce n'est pas tout; l'indigène produit à peine ce dont il a besoin pour vivre au jour le jour et ses besoins sont infimes. Si l'on veut obtenir de lui un travail qui rapporte, il faut s'efforcer par des mesures appropriées de le fixer à la terre comme un colon et lui inspirer l'amour de la propriété et l'esprit de prévoyance.
 
Au reste les ouvriers agricoles algériens pourront fournir un appoint considérable à la main-d'œuvre soudanaise. Il se trouve en effet que la période active des cultures soudanaises correspond à ' une suspension des travaux agricoles dans le Tell algérien et vice-versa. Le transsaharien transportera chaque année vers le Niger un important contingent de chômeurs algériens. Et plus tard lorsque la main-d'œuvre sera reconstituée, il amènera en Algérie chaque année des chômeurs soudanais.
 
Le Colonel Abadie qui connaît mieux que personne les possibilités économiques du bassin du Niger, a dressé un inventaire des productions agricoles et pastorales que le Soudan serait en mesure de fournir dix ans après l'ouverture du transsaharien, lorsque seront réalisées les conditions indispensables à sa mise en valeur; on y cultivera sur des milliers d'hectares le mil, les arachides, le riz; le coton et

 
Pages précédentes   Table des matières   Pages suivantes