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Je comptais partir à deux heures du matin, afin d'arriver à la ligne qui domine tout le système montagneux, afin que les principales forces de l'ennemi ne pussent s'y opposer. Mais, le soir, nous fûmes de nouveau assaillis par la pluie et un gros brouillard. Je remis le départ à trois heures du matin ; j'espérais que la pluie aurait renvoyé les Kabyles à leurs villages ; et que je pourrais atteindre le point culminant au petit jour, avant que les ennemis fussent ralliés. Mes prévisions s'accomplirent , et j'arrivai au haut avec une perte assez légère. La résistance n'eut lieu qu'à un gros village qui se trouve sur l'arête, à moitié chemin. L'avant-garde des zouaves et la compagnie de carabiniers d'Orléans, l'enlevèrent avec beaucoup d'impétuosité. J'aperçus en passant une trentaine de cadavres ennemis ; à côté d'eux, gisaient trois ou quatre zouaves. Comme je supposais les principales forces de l'ennemi à notre gauche, j'y dirigeai d'abord les zouaves, sauf deux compagnies de la gauche de ce bataillon, que je fis tourner à droite avec une demi-section de sapeurs.
Je laissai, à ce point de partage, un officier pour faire appuyer ces détachements par le 48e, lorsqu'il arriverait.

Malheureusement, la cavalerie et les cacolets embarrassèrent la marche de l'infanterie dans le sentier difficile que nous suivions, et le 48e n'arriva pas assez vite pour soutenir les zouaves et les sapeurs de notre droite, contre une grosse attaque des Kabyles venant de ce côté. Ces troupes, emportées par leur ardeur, ayant poussé trop loin les premiers ennemis qu'elles rencontrèrent, se trouvèrent un instant compromises, et éprouvèrent des pertes très-sensibles ; peut être même eussent-elles été détruites, malgré le courage qu'elles dé ployèrent, si quelques compagnies du 3e léger et le 48e n'étaient arrivées à leur secours.

La ligne de l'ennemi était coupée en deux. Nous voyant maîtres des points culminants, qui débordaient la droite sur laquelle nos troupes n'avaient plus qu'à descendre, toute cette droite prit l'épouvante et se précipita sur l'Oued-Kesseub. Mais la cavalerie du général Korte, qui avait trouvé des chemins détestables, 

    

 

   
n'arriva que trop tard dans cette vallée, et mes cent chevaux, que je lançai devant moi, au lieu d'aller perpendiculairement dans la vallée, sui virent un chemin à gauche, qui les mena dans des villages et des difficultés inextricables, en sorte que les grosses masses de l'extrême droite purent franchir l'Oued-Kesseub, et se jeter sur des collines escarpées de sa rive droite.

Cependant, une partie de l'aile droite de l'ennemi tenta de défendre des villages placés sur des points difficiles de la pente sud ; ils furent successivement enlevés par les zouaves, le bataillon d'élite et les tirailleurs indigènes. L'ennemi y fit des pertes cruelles ; l'artillerie facilita ces attaques répétées, en lançant des obus dans ces villages et sur des groupes d'ennemis qui auraient pris en flanc les troupes qui les attaquaient.

Voyant que sur cette partie du champ de bataille le combat était décidé en notre faveur, je remontai immédiatement sur la crête de partage avec le 38e léger et le 26e, me doutant bien que toutes les forces de cette partie de la chaîne des Flissas arriveraient de ce côté. En effet, les Kabyles remontaient au sommet par toutes les arêtes qu'ils étaient chargés de défendre dans l'ordre primitif, et très-certainement le 48e, et les détachements de zouaves et de sapeurs, eussent été très-insuffisants sans le renfort que j'amenais.

Nous reprîmes l'offensive à l'endroit où les deux compagnies de zouaves avaient soutenu une lutte opiniâtre ; nous refoulâmes l'ennemi par les crêtes et les arêtes qui y aboutissent pendant à peu prés une lieue : là, je regardai la bataille comme finie, et je ne songeai plus qu'à laisser reposer les troupes un instant.

J'avais donné l'ordre au général Gentil de rallier les bataillons qui avaient tourné à gauche, de détruire les villages dans cette direction et de rentrer ensuite au camp.

 
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