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  L' OCCUPATION RESTREINTE (1834-1840).  
     
   En août, Ahmed sortit de Constantine et excita partout les tribus contre les Français; son lieutenant Ben-Aïssa vint jusqu'aux environs de Bône et nos alliés nous abandonnèrent. Cependant Yusuf resta jusqu'à la fin de sa vie convaincu que si l'armée s'était présentée devant Constantine en meilleur état, si elle n'avait pas été obligée de compter les heures et si elle avait pu attendre le résultat de ses manœuvres politiques, l'entreprise aurait réussi. Clauzel avait la même opinion.

En fait, la véritable cause de l'échec fut l'obstination de Clauzel à vouloir entreprendre l'expédition sans moyens suffisants et surtout dans une saison trop tardive. Il convint lui-même qu'il aurait dû y renoncer. L'ardeur de son imagination, la force inflexible de sa volonté et le besoin qu'il avait du succès lui firent prendre ses illusions pour des réalités. Son plan se heurtait à des difficultés insurmontables : " Quand on étudie quelque peu cette campagne, dit le général Donop, on est confondu de voir avec quelle légèreté cette entreprise si difficile et si délicate fut préparée et avec quelle négligente insouciance elle fut conduite. Certes, des actes de la plus belle bravoure, des actes d'héroïsme même furent accomplis chaque jour durant la campagne; cependant on peut dire que du commencement jusqu'à la fin, à maintes reprises tout le monde manqua à son devoir, depuis les ministres sans autorité ni franchise et le général en chef sans jugement jusqu'à certains officiers et à un trop grand nombre de soldats sans discipline."

L'expédition de Constantine, dont les scènes douloureuses ou glorieuses ont été immortalisées par le crayon de Raffet, est assurément la page la plus tragique de la conquête de l'Algérie. On avait réuni péniblement 7400 hommes et 1300 chevaux; on n'avait presque pas de mulets, peu d'artillerie et de munitions. Cette troupe fut engagée dans un pays inconnu, ayant contre elle la saison, la maladie, la distance, la famine, la politique et toutes les chances militaires. Le mauvais temps, les fièvres éprouvèrent l'armée avant qu'elle se mit en route; 2 000 hommes entrèrent dans les hôpitaux. Le 13 novembre 1836, le quartier général et le gros des troupes commencèrent leur mouvement; on fit route par Guelma, Medjez-Ahmar, Ras-el-Akba et l'Oued-Zenati ; le 22 seulement on arriva devant Constantine. Pendant ces huit jours, il n'y eut pas un seul engagement sérieux, mais des combats sanglants auraient fait moins de mal que n'en causèrent les intempéries. La pluie n'avait pas cessé de tomber comme elle tombe en Afr que, défonçant le sol, gonflant les torrents, exténuant les hommes et les animaux. Après de pénibles journées où il avait fallu s'atteler aux voitures du convoi, marcher dans l'eau glacée des rivières, le bois manquait pour allumer les feux de bivouac. Dans la nuit du 20 au 21, la neige se mit à tomber; des soldats moururent de froid; beaucoup étaient malades et les plus valides ne valaient guère mieux; sans avoir vu l'ennemi, l'armée était harassée.

 
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