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  L'ALGÉRIE DE 1870 à 1890  
     
   A son arrivée à Alger, le général Esterhazy fut accueilli par des cris et des injures. Le lendemain, ayant voulu se rendre au café de Bordeaux, situé sur la place du Gouvernement, il fut assailli par la foule, qui se rua sur son aide de camp et lui arracha ses épaulettes; le palais fut envahi par l'émeute, qui exigeait que le général s'embarquât immédiatement pour la France ; il résista d'abord, mais, n'ayant aucune force à sa disposition, il finit par céder; il eut peine à atteindre la Marine au milieu d'une foule hurlante, composée en grande partie d'étrangers. Vuillermoz télégraphia à Gambetta : " Aujourd'hui, à une heure, population Alger et garde nationale, par mouvement spontané et irrésistible, ont mis fin au gouvernement militaire. "

L'irritation du Comité de défense se tourna contre le préfet Warnier ; lui aussi, en présence de l'attitude menaçante d'une partie de la population, dut donner sa démission (29 octobre). Le général Lichtlin, qui devait remplacer le général Esterhazy, ne put pas plus que lui prendre possession de ses fonctions. Il fut forcé de se réfugier à l'amirauté, sous la protection de l'amiral Fabre de La Maurelle, qui seul, dans ces tristes jours, montra beaucoup d'énergie; il fit descendre à terre 100 matelots et deux obusiers de montagne; cette mesure suffit à empêcher les émeutes de se renouveler. Un mouvement semblable à celui d'Alger s'était produit à Oran, où le général Saurin, chargé de l'intérim de la division, avait été forcé de se retirer pour éviter l'effusion de sang (30 octobre).

Débarrassé du gouverneur général et du préfet, le Comité-conseil d'Alger, resté seul maître du terrain, s'arrogea une véritable dictature. Il révoqua des fonctionnaires, en emprisonna plusieurs, notamment le commissaire central, le colonel de gendarmerie et le premier président. Une commission d'organisation communale fut instituée à Alger; elle se composait de membres élus par le Conseil, auxquels devaient s'adjoindre des délégués de toute l'Algérie; Vuillermoz s'investit lui-même des fonctions de commissaire civil extraordinaire par intérim (8 novembre). Un appel fut fait aux Comités de défense des autres villes de l'Algérie pour les engager à approuver ces mesures révolutionnaires et à s'y associer. Beaucoup de Comités et plusieurs municipalités donnèrent leur adhésion, mais d'autres résistèrent énergiquement, notamment Constantine, sous l'impulsion de M. Lucet et Bône, sous celle du sous-préfet M. Lambert. Le gouvernement de Tours maintint ses prérogatives et le mouvement communiste avorta.
L'affolement, la désorganisation générale constituaient peut-être des circonstances atténuantes aux actes et aux paroles des comités révolutionnaires, mais ce qui est certain, c'est que ces scènes de désordre, où tombait en lambeaux le prestige de l'autorité, du commandement militaire surtout, produisirent sur les indigènes un effet lamentable.

 
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